Marrackech express, ou jane Eyre à travers moi...

Ce sont mes textes...Des lettres d'amour adolescentes, aux petits romans inignifiants... Je respire donc j'écrit...

29 mai 2006

Chapitre 7

Les Banquiers de Birme.

J’espère que je ne vais pas tomber dans les pommes en passant le bouclier ! Mais cette fois je suis prête, je ne me laisserai pas avoir : j’en ai marre de passer pour une fille fragile. Je crois que je devrai travailler dans la pub. Mon nouveau slogan « Ne passez plus pour une faible fille ! ». J'ai remarqué qu’en ce moment j’arrêtai pas de le penser.

Il faut dire que Simanson est plutôt du genre très grand, très costaud, alors moi à côté avec mon mètre cinquante cinq et tous mes bourrelets, je fais plutôt petit point dans l’univers. Mais bon, au moins j’ai quelqu’un pour me protéger ! Je sens la force du bouclier, nous y sommes presque. Allez Iaüle, courage ! Garde bien les pieds dans tes sabots et l’esprit dans ta tête, c’est pas le moment de délirer.

-    Ca y est,  on est arrivés devant le bouclier, alors tu gardes la tête sur les épaules.

Non mais, il croit que je vais la mettre où ma tête ?

-    Quoi ? Fais pas cette tête !

On parle un peu trop d’elle en ce moment : se préparerait-il quelque chose pour me l’enlever ? C’est du plus mauvais goût quand on sait que… Et bien moi je ne sais rien, alors pour la énième fois, je te demande de la fermer !

-    Eh Iaüle ! T'es toujours avec moi ?

Hein ? De quoi il parle ?

-    Oui ?

-    Voilà le boucl…

La voix de Simanson me parait à des kilomètres et soudain juste à côté de mon oreille. Tout est déformé. J’aperçois au loin les formes de maisons, d’immeubles. Des arbres flous, des gens aux contours inexacts puis… un homme immense (au moins deux mètres), juste en face de moi, la peau brillante, d’une étrange couleur orange… mais non c’est son uniforme.

Me voilà à Birme depuis à peu près une heure. Tout est orange ici. Même les gens portent pour la plupart des vêtements orange, ou plutôt des robes, comme celles des sorciers de Harry Potter. Bon on peut arrêter là les comparaisons vaseuses car, à part ce détail purement matérialiste et tout à fait digne de moi, rien n’est semblable à ce que je connaissais auparavant : les immeubles sont tellement hauts que les derniers étages sont perdus dans les nuages, les arbres ont des feuilles aux teintes orange d’automne, il n’y a pas de bus ni de métro et pas de voiture, seulement des espèces de grandes soucoupes rondes pneumatiques ressemblant à des bateaux aéroglisseurs (les mêmes que ceux ralliant l’Angleterre par la Manche en partant de Calais).

Simanson a l’air détendu depuis que nous avons passé le bouclier. Le danger de se faire attaquer par des monstres dans une telle ville est quasiment improbable. Mais il faut tout de même rester sur ses gardes, des fois qu’ils se déguiseraient en être humain (ce qui est carrément impossible vu leur carrure). La paranoïa me guette ! Ensuite je tomberai dans la folie profonde et…

-    Est-ce qu’il existe des asiles psychiatriques ici ?

-   

Pourquoi il me regarde comme ça ?

-    C’est à moi que tu poses la question ?

Non, non : c’est à Duchnoque là-bas, triple buse !

-    Bah, oui !

-    C’est quoi un asile Spychatruc… ?

-    Psychiatrique. C’est pour les fous, les pas normaux…

-    Tu veux parler des Citadelles ?

-   

-    Ouais, ça doit être ça. Pourquoi cette question ? Il en existe dans toutes les grandes villes ou capitales.

-    Merci…

Vraiment, je dois avoir un don pour débiter des imbécillités. Maintenant il doit vraiment croire que je déglingue !

Nous sommes depuis une heure (si ce n’est deux), assis dans une salle d’attente aux murs blanc comme la neige et dont le plafond me paraît à des kilomètres du sol. C’est une banque. La Banque de Birme et du FEDEK. Simanson m’a expliqué que Birme est la plus grande des capitales économiques des Empires du Kimoliun. Le FEDEK signifie Fédération Elfique Des Empires du Kimoliun. Cela fait très longtemps que cette communauté existe. Il ne sait pas trop de quand ça date, tout ce qu’il ma dit c’est " J’étais pas né à l’époque ". Un argument qui tient bien la route, mais moi non plus j’étais pas née à la création de l’Europe et pourtant ! Bon, j’avoue : en fait je sais pas… Toujours est-il que seul le peuple Niubisse n’y a pas adhéré tout de suite, ayant peur de perdre toute sa culture et ses richesses. Il y quelques temps, ils ont compris qu'en fin de compte, le commerce de leurs exploitations à l’extérieur serait bénéfique. Aujourd’hui les Niubisses font parti du FEDEK, et sont toujours aussi puissants.

-    Monsieur, Mademoiselle, le banquier numéro dix vous reçois dans cinq minutes, comptoir treize.

-    Quoi ?

-    Oui. Iaüle suit moi et ne t’arrête pas en route comme tout à l’heure !

Quel besoin a-t-il de toujours me rappeler mes bêtises ? Il est vrai que tout à l’heure, juste après avoir traversé le bouclier, un homme immense me barrait le passage. Ou plutôt, c’était moi qui l'empêchait d’avancer, vautrée comme je l’étais sur le parapet. Et moi, au lieu, de me relever pour dégager la route, je suis restée comme une idiote assise au beau milieu de la chaussée. Un bien étrange spectacle pour les badauds habitués à traverser le bouclier sans encombre (pas comme moi…). Bref, une fois de plus, je me suis ridiculisée. Vous me direz que je suis plus à ça près, mais quand même !

-    Allez, suis moi. C’est immense ici, si tu te perds, tu mettras des Closias à retrouver ton chemin !

J’en ai marre qu’il me parle chinois et qu’il me montre sa science. Branché sur le mode débile (on sera au même niveau…) s’il vous plaît !

-    Bonjour Monsieur… ?

-    Théosard Grandusse.

-    Vous êtes ?

-    Le neveux du Capt’aine Grandusse.

-    Exact, j’ai reçu un message de sa part.

-    C’est pour un emprunt…

-    De trente milles fioles, je sais.

Mais qu’est ce qu’il raconte Simanson, il débloque : Théosard, ça sort d’où se prénom. C’est vraiment pas sérieux. Bon ça doit être une combine entre eux. Je vais me taire sinon, à tout les coup, ça va foirer. Eh ! Mais il s'en va déjà ! Il pourrait m’attendre !

-    Iaüle, dépêche !

-    Oui, j’arrive.

Ce qu’il est autoritaire tout de même !

-    Restez bien derrière moi. Pour accéder au coffre nous devons passer par des détecteurs spéciaux. Puis nous descendrons dans les puits par des petites capsules aérodynamiques. Vous devrez donc porter des gilets à air.

En bref, des gilets de sauvetage pour traverser de petits ruisseaux souterrains. Ca va être épique !

Les enfilades de portes se succèdent et donnent le vertige. Quand est-ce qu’on arrive ? Je commence à avoir mal aux pieds moi… Arrête de te plaindre ! Pourquoi es-tu toujours si exécrable à chaque fois que tu apparais ? Tu ne m’écoutes jamais, me rembarres sans cesse ! Ouais, je m’excuse. Mais j’ai du mal à m'y faire, avoir une voix  dans ma tête qui arrête pas de faire des réflexions philosophiques ! Je comprends que tu sois surprise et je suis contente que tu acceptes le dialogue avec… Oh là, doucement ! Je n’ai encore rien dis ! Tu recommences à être désagréable avec moi ? Très bien… Non ! Enfin bon, je t’écoute… Tu dois me faire confiance, même si je te fais peur, tu dois m’écouter. Je ne suis pas ta conscience. Je suis indépendante de toi mais si tu meures, je meure… Je ne comprends pas… Il n’y a rien à comprendre. Si tu veux rester assez longtemps en vie pour savoir qui nous sommes, alors écoutes mes mises en garde… Ok maintenant on coupe la communication sinon je vais me faire enguirlander par Simanson…Très bien, mais je suis toujours là…

Toujours là ? Elle m’espionne ? Maintenant je vais avoir l’impression d’être sans arrêt sur écoute. Iaüle calme-toi : la voix ne peut pas être une espionne. Peut être est-ce juste un fragment de ta personnalité qui surgit. Je suis en train de devenir schizophrène. Déjà l’autre nuit ! Non : si je devenais folle, je ne m’en apercevrais pas. J’ai toujours été un peu décalée par rapport à ceux de mon âge. Mais ça ne veut rien dire... Bon j’arrête de psychoter pour rien, je me concentre sur le chemin à suivre.

Les parois des murs en pierre ont une couleur orange éclatant et sont humides. En fait, ce sont des cascades d’un liquide pur et frais. Je le sais, j’y ai passer la main et l’espèce de nain qui nous sert de banquier m'a jeté un regard plutôt équivoque : « la prochaine fois que t’y touches, je te balance dedans pour te noyer !». Tous des assassins antipathiques, les banquiers, même ici. Je pensais qu’ils seraient moins aigris et radins que sur Terre... Je reconnais ma faute : ils sont pires. Après avoir traversé un dédale d’escaliers de plus de cinq milles kilomètres (à mon avis) nous voilà devant des tuyaux énormes enfoncés dans le sol.

-    Voici les puits, nous allons descendre dedans grâce aux capsules.

Ca va pas ! Je vais pas monter là dedans !

-    Euh… Pourquoi doit-on porter les gilets à air comprimé ?

-    Il y a eu récemment des cas d’ouvertures intempestives des capsules. C’est une mesure de sécurité. (Au moins si le client résiste à la chute vertigineuse, on est sûr de retrouver son corps flottant !)

Je refuse catégoriquement de monter dans ses engins de malheur !

-    Aller Iaüle, fait pas ta mijaurée et enfile ce gilet, je serai là.

-    Très drôle ! Je suis sûre que toi, tu as vraiment les pétoches ! Moi, c’est juste que je suis fatiguée, alors jouer aux montagnes russes…

-    Dépêchez-vous, jeunes gens : vous n’êtes pas mes seuls clients.

Ce qu’il est barbant celui là !

-    Plus vite on y sera, plus vite on partira…

Je suis installée dans la capsule entre Simanson et une grosse dame dont le volume est doublé par celui de son gilet. Les capsules sont en fait comme de petits wagons de trains. Les banquettes sont recouvertes d’un tissu… orange (et oui !). Elles sont très moelleuse et j’aurais presque envie d’y faire une petite sieste si l’éventualité de me retrouver écrasée en bas ne me passait sans arrêt dans la tête.

-    Attention, mesdames et messieurs ! Pour votre sécurité et celle de tous les autres passagers, veuillez attacher la ceinture qui se trouve à votre droite. Dans quelques minutes, toute la capsule sera verrouillez, alors rentrez vos mains et jambes à l’intérieur du véhicule pour ne pas risquer de vous les faire sectionner à la fermeture des portes automatiques. Si c’est le cas vous n’aurez aucun moyen de les récupérer ou de vous faire rembourser, selon la loi n° 451 du FEDEK.

Ici aussi les hôtesses ont des voix mièvres et sucrées. C’est dans toutes les cultures !

-    Attention au départ !

Laissez moi descendre ! Les portes se ferment inexorablement. Ma fin est proche. Dans mon malheur j’ai de la chance : Simanson est avec moi. Je ne mourais pas en présence de gens qui me sont totalement inconnus. Pourquoi est-ce que je ne suis pas chez moi en train de me regarder un super épisode de Scoobidoo ? Tu es vraiment inchangeable ma vieille… Dis moi petite voix, on va mourir ? Non, je ne crois pas… Tu crois pas ou t’en ai sûre ? On n'est jamais sûr de rien ! C’est vraiment pas drôle ! Ah… L’important est de garder ton calme… Facile à dire… Concentre toi sur ma voix : du calme, du calme… Répète. Du calme…

En fin de compte, grâce à ma voix intérieure, je suis arrivée en bas pas trop secouée : à force de l’écouter, le temps est passé dix fois plus vite ! Je crois qu’elle a raison : le calme en toute circonstance, ça économise des forces. Ou c’est que j’ai déjà entendu ça ? Ah oui : Jacki Chan. Un de mes dessins animés cultes. Et que je ne reverrai plus jamais... Je suis maudite !

-    Suivez moi !

Je l’avais presque oublié le vieux grigou ! Il se rappelle à moi comme un rhume. Nous sommes sous terre, dans des grottes. Un liquide orangé ruisselle de partout. De petites rivières coulent en serpentant au milieu de ponts et de plateformes, arrivant des puits. Les gens sortent de derrière des murs de pierre. Ce doivent être les coffres car ils portent des paniers emplis de fioles.

Le plafond, bien plus bas que dans les salles du dessus, est encore plus impressionnant : des croisés d’ogives surplombent le hall et les cavités de la roche donnent un aspect de cathédrale à la pièce. Une étrange musique flotte dans l’air. C’est terrifiant de beauté ici…

-    Allons, dépêchons ! Vous avez le coffontaine numéro quatre-vingt-trois : c’est par là. Regardez devant vous quand vous marchez, mademoiselle !

C’est bien ce que je dis, certaines personnes sont nées pour enquiquiner les autres : il doit en faire parti. Wah ! Il y a dans ce coffre plus de fioles qu’on ne peut imaginer. Le Capt’ain doit être vraiment très riche ! Et très généreux vu la quantité que Simanson est en train de mettre dans notre sac… Il y en a des petites, minuscules, d’autres plus hautes que moi ou même dépassant Simanson. Tout simplement incroyable ! Quelque chose que je me demande : où sont fabriquées toutes ces fioles, et par qui ? Je questionnerai Simanson plus tard.

-    Nous allons maintenant repartir par les capsules. Suivez moi.

-    Nous voici revenus à l’extérieur, et en quête d’un hôtel. Ce qui semble difficile à trouver ici...

Il me semble que Simanson va craquer si nous ne posons pas tout de suite les pieds dans une chambre. Alléluia (comme je le pense peu souvent mais à cette occasion je peux faire une exception), il faut garder espoir : en face de nous se tient la plus petite maison que j'ai jamais vue. " Au Grand Elfe " est écrit en tout petit sur la devanture. D’où viennent tout ces gens qui sortent de la baraque ? Comment peuvent-ils tous tenir là dedans ?

-    Viens Iaüle, entrons.

Je suis un peu sceptique : ça a l’air miteux comme endroit, mais très fréquenté vu le peuple qu’il y a… De l’extérieur, c’est tellement étriqué, alors à l’intérieur, ça doit être aussi grand que… Buckingham Palace !

Posté par newjane à 18:23 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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