Marrackech express, ou jane Eyre à travers moi...

Ce sont mes textes...Des lettres d'amour adolescentes, aux petits romans inignifiants... Je respire donc j'écrit...

29 mai 2006

Chapitre 6

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Simanson : Carnet de voyage :

Nous étions, Iaüle et moi, à l’arrière de la charrue. Ce qui m’inquiéta tout à coup, ce fut le manque de mouvement. Aucun bruit ne parvenait plus à mes oreilles. Même Iaüle paraissait soudain encore plus absente que normalement. J’appelais Feram de l’intérieur de la cabine : aucun son humain ne répondit, juste un souffle rauque. Je n’avais aucune arme, rien pour me défendre. Et ils se trouvaient là. Toute une bande. Nous encerclant. Je me rappelais soudain la nuit où l’un d'eux avait faillit m'occire. Cette pensée me glaça le sang. Tout cela à cause d’une vieille prédiction. Je sortais doucement et me retrouvais nez a nez avec l’un deux. Il ne me vit pas. Une chance pour moi ! Je me rappelais que ces bêtes sont totalement aveugles et sourdes, seul leur odorat fonctionne. Ils allaient bientôt me sentir : je me déshabillais et intimais à Iaüle de le faire, par un simple regard. Elle me compris, vu sa tête cela ne l’enchantait guère : je la comprends en moins de deux jours elle se retrouve, par ma faute, en petite tenue dans la nature. Mais c’était la ruse qui m’avait sauvée la fois d’avant, pourquoi ne pas la réutiliser ? De toute façon, c’était il y a deux ans et ce n’était pas la même troupe. Iaüle paraissait totalement pétrifiée. Les autres ne nous avaient pas encore sentis, bien trop occupés à dévorer les chevaux et Feram. Je pris sa main, elle me suivit en courant. Je me retournais : les Combles étaient en cercle et festoyaient gaiement. Ce qui n’est pas, à proprement parler, l’expression que l’on doit appliquer à ce genre de réunion… C’était lugubre !

-    C’était quoi ces monstres ?

-    Des monstres des Combles.

-    Comment on a pu leur échapper aussi facilement ?

-    Ils sont totalement aveugles et ne marchent qu'à l’odorat.

-    Me voilà revenue à la case départ : je suis encore a poil. C’est pas possible ! Il n’y a que moi pour avoir de telles emmerdes. Je dois porter la poisse. A mon avis Simanson, tu devrais m’abandonner là. Je porte trop la poisse.

-    Non.

-    Non ? Pourquoi ?

-    Je t’expliquerai après, pour le moment nous allons rester ici. Demain nous irons récupérer nos vêtements. Je connais cette route : il y a pas loin une cabane dans un arbre, nous y passerons la nuit.

-    J’espère qu’elle va pas s’écrouler !

-    T’inquiètes pas, c’est moi qui l’ai construite. Plus jeune avec des amis…

Il a l’air tout mélancolique… Aller je suis sympa, je vais le vanner un bon coup pour lui remonter le moral :

-    Vraiment ? C’est d’autant plus inquiétant !

-    Eh Iaüle, ça va …

-    AHHHH !!!

-    Quoi ? Un Comble ?

-    Non t’es en train de sourire : c’est encore pire !

-    Ouais ! Très drôle !

-    Mais non, te vexe pas : je rigole !

On a décidemment pas le même sens de l’humour. Ou c’est peut-être lui qui n’en a pas… Bon je vais pas auto débattre sur le sujet pendant trois plombes, parfois je me sens vraiment seule dans ce monde de brutes. Heureusement que je suis pas aussi bête que les filles de ma classe ! Pardon : de mon ex-classe. Te reverrai-je un jour lycée ? (J’espère que non !) En attendant la nuit risque d’être horrible. La fameuse cabane sent le moisit et est à moitié vermoulue. Je fais semblant de pas trop le remarquer parce que j’ai bon cœur et que j’ai déjà vexer le pauvre garçon qui m’accompagne.

-    Bon on mange quoi ?

-    Iaüle, commence pas ! Allume un feu. Je crois qu’il y a un terrier de roisses dans le coin, j’en ai vu passer un tout à l’heure. Je te laisse seule.

-    Oui. (Allumer un feu ! Relativise : ça doit pas être aussi difficile...) Compte sur moi !

-    A tout de suite.

Me voilà toute seule, au milieu d’une forêt, et je suis censée allumer un feu de bois ! Mais avec quoi ? Ben avec du bois... Ah, te re-voilà ? Tu en as d’autres, des comme ça ? Non mais... Franchement, tu ne me sers pas à grand chose… Oui pour le moment mais un jour viendra…Arrête de parler comme un vieux maître de yoga ! Iaüle, par moment tu me désespères… Rien à faire. Arrête d’interrompre mes pensées, et c’est tout. C’est inimaginable tout le bruit que tu fais dans ma tête ! J’ai l’impression qu’un salon de coiffure entier y a élu domicile.

Après bien des essais j’ai enfin réussi à allumer le feu… Ou plutôt Simanson a réussi. J’étais sur le point d’allumer une brindille grâce à deux pierres trouvées sur le bord d’un chemin (très pittoresque). Quand Simanson a débarqué de derrière un bosquet tenant trois énormes écureuils noirs assommés (c’est ce qui s’en rapproche le plus), me flanquant la trouille. Il criait que, depuis le temps, le feu aurait dû être allumé. Ensuite il a remarqué les pierres et a éclaté de rire. Il pouvait plus s’arrêter. En fait on n'a pas le même humour. Moi je me moque pas des autres comme ça (bon parfois, mais c’est rare). Ensuite, quand il a pu se contenir, il m’a demandé si je comptais sérieusement allumer un feu avec les pierres. J’ai eut le mauvais réflexe de dire oui. Alors il est reparti dans son délire hystérique, quand, tout à coup, deux créatures longilignes sont apparues : elles nous toisaient, prêtes à nous sauter dessus. Simanson s’est aussitôt tu, un silence glacial s’est installé. Les deux êtres ne bougeaient pas. Nous non plus. Pour une fois je priais Dieu de nous venir en aide. J’avais froid et chaud, j’étais terrorisée et ravie, mon cœur battait à l’extérieur de moi. Expérience étrange ! En fait Simanson ne s’était pas vraiment tu : il était figé la bouche ouverte, il n’avait pas fini de rire. Chose insolite : un insecte entrait et sortait de sa bouche. A un autre moment, je me serrais moquée de lui, mais elles me fixaient, leurs regards pénétrant mon être. La plus grande esquissa, vers Simanson un mouvement d’une lenteur extrême. « C’est lui. » Je l'ai entendu dans ma tête, mais ce sont les créatures qui parlaient. Un million de voix. Elles n’étaient que deux. Une douce chaleur m'a alors envahie. Je me sentais glisser dans une eau pure et lisse, douce et merveilleuse.

Maintenant nous sommes tous les deux dans la cabane. Le feu crépite. Je viens de me réveiller, Simanson est près de la porte, le front barré : il est soucieux. Il ne dit rien. Après le repas, couchée dans de vieilles couvertures sentant le renfermé, je n’ose pas lui demander si il les a vues, et ce que c’était. Peut-être des amis… ou des ennemis.

-    Iaüle !

-    Ouais ?

-    Tu les as vues ?

-    Quoi ?

-    Non, rien…

-    Oui, enfin tu parles des choses de tout à l’heure ?

-    Oui.

-    C’était quoi ?

-    Je ne sais pas. Tu as entendu ce qu’elles disaient ?

-    Je crois : elles parlaient de quelqu’un.

-    De moi ?

-    Tu n'as pas entendu ?

-    Non, elles me montraient, c’est tout.

-    Elles ont dit « C’est lui. ». T’as peur ?

-    Non.

-    T’as le droit : c’est humain.

-    Ouais… Bonne nuit.

Toujours très bavard le garçon : quelle merveilleuse compagnie.

Je ne sais toujours pas pourquoi on va où on va, et je ne crois pas qu’il est très envie de me le dire. De toute façon, vu que sans lui je ne sais pas où aller, autant le suivre. Pourquoi les créatures le désignaient ? Il ne les connaît pas ! A moins qu’il m’est menti... Non, il paraissait vraiment perturbé. En tous cas, j’ai bien mangé ! Aller Iaüle, il faut dormir ! Fait de beau rêve. (Je suis gâteuse.)

Il fait chaud. Trop chaud. Où suis-je ? Des flammes lèchent les murs, le plafond est très haut, une pièce pleine de dorures, des peintures style antique, très faste, très grandiose. Je n’arrive plus à respirer ! Qui est-ce là-bas, cette masse brune, informe ? Elle est inaccessible, elle flotte dans l’air. On dirait une femme, jeune. Elle me ressemble… Je suis bien. Je suis légère. Simanson est à côté de moi. Il souffre, la fumée l’étouffe. Je lui parle : aucun son ne sort de ma bouche. Il porte quelque chose dans ses bras : un être humain. Tout petit, tout maigre. Mou. Sans vie. C’est moi !

-    Iaüle, ça va ?

-   

-    Respire. Eh, tu m’entends ?

-    Oui

-    T’as fait un cauchemar ?

-    Ca paraissait tellement réel…

-    Quoi ?

-    On était en train de brûler. J’étais… Je mourrais… Tu souffres… C’était…

Un truc horrible me transperce l’estomac de l’intérieur. Une matière gluante entre mes doigts. Je vomis. C’était insupportable. Tellement réel, tellement proche ! La tête me tourne. Simanson me porte à côté du feu.

Le feu. C’était une vision apocalyptique. J’étais en train de mourir. J’étais à l’extérieur de moi. C’est la première fois qu’un rêve me paraît si proche de la réalité et en même temps totalement impossible. Rêver de sa mort… Dans une émission une femme disait avoir rêver de sa mort alors qu’au même instant son mari succombait à un accident de voiture. Mamie... Papi… Ils n’ont rien, ne t’inquiète pas… Comment peux-tu le savoir ? Je le sais, crois moi… Pour une fois… Crois moi… Je ne comprends rien de ce qui m’arrive… Bien assez tôt tu verras, les réponses viendront…

-    Iaüle, tu vas mieux ?

-    Oui. Je crois, je n’en suis pas certaine.

-    La nuit touche à sa fin : nous pourrions retourner au chariot pour récupérer des vêtements. T’es sûre que ça va ?

-    Je vais pouvoir marcher, t’inquiètes !

Il s’intéresse à ma santé ! C’est assez étrange de le voir comme ça. Bon, en fin de compte, il a peut-être un cœur. Je juge les gens beaucoup trop tôt !

-    Ouais, mais j’espère que j’aurais pas besoin de te porter comme un bébé.

Ok je retire ce que j’ai dis. Il n’a que de la condescendance à mon égard... Fais pas la fille vexée…

-    Aller on y va !

C’est un véritable champ de bataille : les restes des chevaux sont étalés par terre, à droite des restes de Feram. C’est tout simplement horrible. Je crois que si j’avais été seule je me serais évanouie, mais devant l’autre (je l’ai baptisé ainsi depuis tout à l’heure) j’allais pas faire la fille faible qui tombe dans les pommes dès qu’elle voit une marre de sang. Dans l’autre monde, tous seraient morts de peur devant ce spectacle sanglant, mais bon, il faut faire avec son temps ! Ou plutôt avec les coutumes. A vrai dire, tout est différent de ce que je connaissais : les gens, leurs habitudes, leurs vêtements… Cela ne me dérange pas outre mesure. J’ai l’impression que j’ai toujours vécue ici alors que je n’y suis que depuis moins d’une semaine. La vie est vraiment étrange : un jour vous trouvez votre existence ennuyeuse à périr, vous ne rêver que d’une chose : l’évasion, puis, par un coup du hasard, ou du destin selon les croyances, vous êtes projetez dans un univers où pas une seconde ne se passe sans rebondissement. Et là vous ne pensez plus à rien qu’à votre paisible vie d’antan (quand je dis "vous" je parle surtout de moi, parce que là, je serais bien contente de regarder la télé : je crois que je suis en manque...)

Nos vêtements sont déchirés. Heureusement qu’il y a ceux prêtés par le Cap’taine. La jupe est trop étroite mais en rentrant bien le ventre ça passe. La chemise est très ample et cache mes bourrelets. Les chaussettes piquent et les sabots sont trop grands (je n’ai plus des pieds mais des péniches). A part ces détails purement esthétiques, nous nous sommes remis en route. Simanson quant à lui, arbore une sorte de surcot par dessus une cotte du Moyen Âge (seul cours d’histoire dont je me rappelle : en cinquième, le remplaçant de Madame de Risdot était très intéressant… et très beau !), un vieux bermuda gris marron, et des sabots trop grands. Nous sommes vraiment bien assortis : si on est pas envoyés à l’asile à l’approche de la civilisation, moi je dis « chapeau ! ». En même temps, c’est peut-être très à la mode dans ce monde.

Nous nous dirigeons maintenant vers Birme. Nous avons rejoint la route en terre battue que nous suivions hier. La forêt est derrière nous, le paysage est plat et verdoyant, plusieurs caravanes nous ont doublés. Les gens nous regardent avec pitié ou mépris. Je ne sais pas quel sentiment je déteste le plus quand je le personnifie. La route est depuis un kilomètre ou deux en pavés. Maintenant, des habitations pauvres cohabitent avec des fermes immenses. Au loin, le soleil se reflète bizarrement sur l’horizon : peut-être à cause du bouclier protecteur de la ville.

-    Comment est Birme ?

-    Gigantesque.

-    Pourquoi y allons nous ?

-    Besoin de Fiole.

-    Et à quoi vont-elles servir ?

-    A payer le voyage.

Un voyage ? Mais il est taré ! On va pas voyager dans un pays si dangereux ?

-    Où est on censé se rendre ?

-    Je ne sais pas encore.

C’est du baratin, tu sais très bien où on va !

-    Non, sérieusement : j’en ai marre de pas savoir.

-    Je te le dirai en temps voulu, t’inquiètes pas.

Si ça se trouve, il me mène en bateau depuis le début. Il a pas d’argent et il sait pas où on va aller. Je ne m’en étais pas rendu compte, mais nous sommes passez dans un autre pays : un grand panneau annonce "Pays Birmanien".

-    Nous voilà arrivés Iaüle, enfin… presque. Birme est là-bas, près de cette colline.

J’avais vu juste. La colline en question n’est près d’aucune ville. Enfin, à l’oeil nu !

Journal de Clella : 1er Yan de Doris, 3ème Festal de Kolan.

La Séfarade nous a rassemblées aujourd’hui dans la petite salle de prière : elle nous a longuement parlé des Malfeuseuses. D’après elle, si celles-ci sortent de leur montagne, c’est pour exterminer les derniers défenseurs de l’Oracle. Le prieuré, je le sais, fait parti de cette catégorie. Nous courrons un grave danger. Tous les enfants et les Dortyals vont être évacués au-delà du Désert de Liazme. Je ne sais pas exactement où. Nous, les Sœurs Tyop, les combattantes, nous devons rester ici pour les exterminer. Les Malieuses nous aiderons à combattre les gluants dans les rêves. J’aurais aimé être l’une d’elles, contrôler le subconscient, l’inconscient, les rêves…

Le combat sera certainement acharné, mais nous vaincrons. Ou du moins je l’espère… Les Malieuses ont un pouvoir supérieur à celui des Malfeuseuses, elles travaillent pour le bien. Les combattantes aussi. Je suis fière d’en faire partie. Je me demande à quelle cause les Malfeuseuses sont ralliées ? En général, elles vivent en autarcie, sans aucun besoin du monde extérieur. Elles n’ont pas besoin d’argent. Alors pourquoi sortir de leurs tanières rocheuses ? La dernière fois qu’un tel événement s’est produit, j’avais à peine sept Pigrules, c’était à la fuite de l’Oracle. Elles devaient la tuer pour permettre aux malfaisants Schoralvor et Mineslas de prendre le pouvoir…

La Séfarade n’a pas véritablement approché le sujet de l’Oracle : peut-être la prophétie est-elle en train de se réaliser ! Cela ne serait pas étonnant, tous les paramètres sont présents. Les Malfeuseuses en font parti.

Posté par newjane à 18:25 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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